Pommettes contractuelles

Beauté du calendrier, septembre laisse place à octobre, et l’agenda ironique passe d’une funambule sur le fil de l’écriture à un Flying Bum de retour pour la deuxième fois cette année. Ce qu’il nous propose, pour ce mois-ci ? D’écrire ce qu’on veut, dialogue, poème, roman (petit), nouvelle, opéra, sonnet, bref, ce qu’on veut, sur la beauté. La secrète du jour ? la classique du diable ? celle que vous voulez. Et, parce qu’il y a un et, pour le cliquant de la chose, faudra y glisser un  proverbe créé de toute pièce et présenté sous forme de citation. Quelque chose comme :« Belle auto n’arrive pas plus tôt » [proverbe garagiste], imagine Carnets paresseux, à qui j’ai chipé nombre de ces mots italiqués. Et puis une fois écrite, l’histoire, la chanson, la nouvelle, faudra bien sûr la signaler sur le blog de Luc le Flying Bum, jusqu’au 28 octobre. Et après le 28 ? il sera temps de revenir lire les textes proposés et de voter pour celle-ci [de poésie, de chanson, de nouvelle] ou seuls-là [de texte, de poème, de conte] que vous préférerez. Et encore ? De proposer le ou la volontaire qui hébergera l’agenda ironique de novembre.

« Chagrin qui pleure n’amasse pas l’heur* »

Estomaquée par un prix Nobel du quotidien falsifié, je tremble d’écrire ces lignes: ne risque-je pas d’avoir un Goncourt ou un Medicis qui me tombe sur le coin de la figure si je continue à raconter mes petites histoires à trois mots, six pages, convaincue d’incarner le nouveau genre littéraire des héroïnes -de gauche évidemment- contemporaines ? Ah non, bien qu’originaire d’une rive adjacente à ce plateau crayeux et également méchée blonde (depuis peu), je ne suis ni ambitieuse ni yvetotaise, donc pas de danger !

Cet écueil écarté, revenons à notre bel agenda automnal, planant comme il se doit. La beauté ? Vaste sujet, ironique pour les lotis ou les très laids, dévastateur pour tous les autres, les « pas mal » du milieu, les « un bouton par semaine » et « une ride par jour » cousines de mon âge. Les vrais beaux ? Pas de soucis à se faire, ils restent « à tomber » toute leur vie et la nôtre, question d’ossature et de carcasse ! Alors, lorsque -en plus- ils sont intelligents, n’en jetez plus, la coupe est pleine !

Ben oui, regardez : Le Clézio par exemple, ou De Luca, les mêmes pommettes depuis quatre-vingts piges et tellement attrayants que même moi, je lis Erri en italien dans le texte (heu, juste « Impossible » car j’ai aussi Dante sur le feu). Il faut dire qu’elles sont depuis le début la pierre angulaire de mon attirance.

Rappelez-vous (enfin, les trois qui me lisaient déjà), mon émoi à dix-huit ans trois quarts, un frangin sosie du Grand Bleu, qui m’a tenue en haleine jusqu’à mon scientifique préféré (sept ans quand même), c’était déjà une question de joues saillantes et belles. Bon, d’accord, il fascinait tout le monde (les mecs aussi je crois) et pas qu’avec cela : les yeux, le port, les traits incisifs, happant, la silhouette toute entière … grand, élancé, le pas flegmatique et percutant à la fois. Bref, il cochait toutes les cases. Ah tiens, j’y pense, un amoureux transalpin, beau comme Tarzan avant Subway, avait eu aussi ma préférence l’été de mes quinze ans.

Aïe, les lecteurs masculins vont commencer à bailler. Y’a pas de seins, Lyssa, remédie vite à cela . Merci les gars, vous m’avez servi une transition sur un plateau !

Ici, clin d’œil à Sabrina, octobre rose oblige, et ses nouveaux nénés depuis ce vendredi, après une année d’amazone inévitable. Ma copine, c’est l’archétype de la bimbo italienne, côté Adriatique : une heure par jour minimum de « tapetto » pour maintenir la silhouette, des tenues affriolantes que je n’ai jamais osé porter, même à quatorze ans révolus, une crinière de lionne shampouinée deux fois par jour, du doré de partout -la peau, les cheveux, les chaussures- et … deux siliconés magnifiques pour ses cinquante-sept ans. Inutile de vous préciser ma joie indéfectible à l’idée de la revoir, Pamela Andersonisée et surtout guérie l’été prochain !

Bon, la parenthèse féminine étant refermée, je reviens à mes contours préférés, ceux des yeux vers la bouche des hommes admirés .

Est-ce à cause d’Armando, métayer adoré depuis mes plus jeunes mois, et son regard si juste, serti d’os -encore la fameuse structure- zygomatiques al dente ?

Ou un atout universel ? La présence de pommettes hautes et proéminentes, on parle de « visage de bébé », donnerait de la « définition » à notre bouille, comme une apparence plus jeune.

Peut-être.

Toujours est-il que lorsque j’ai connu le troisième de la fratrie aux malaires invaincus, j’ai su que j’étais fichue. Certes, moins beau que son frère, il cachait bien son jeu. Un corps en absolu, d’une beauté désarmante, une incarnation classe d’un modèle de Claudel. Timide en apparence et sans fans démontrés, je n’ai compris qu’après son pouvoir ingénu. Je m’y suis engouffrée sans même m’en rendre compte, m’énivrant de sa frimousse et d’autres angles encore, parallèles d’officiels.

Épilogue :

il va attraper dix-huit ans. Il a un aîné, une benjamine, un père et une mère.

Ses pommettes sont les tiennes.

*XIIe siècle, oür, aür. Issu du latin populaire *agurium, altération du latin classique augurium, « présage, chance ». Chance heureuse.

Sabrina, rétablie

Pour l’agenda ironique d’octobre proposé par Flying Bum

https://leretourduflyingbum.com/2022/10/27/agenda-ironique-doctobre-2022-le-vote/

9 commentaires sur « Pommettes contractuelles »

  1. Je me suis promené entre la folie contenue, les élans amoureux (façon Saint Augustin) et l’âm’mélodie des mots… Un vrai voyage de ‘nerd’, comme le dirait ma fille Alice… qui en est une autre.
    Un mot d’encouragement, aussi sérieux que joyeux, pour ton amie aux yeux furieusement malicieux.
    Et un remerciement, à toi dédié, pour ces lignes de farfadet ;)🥇

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  2. J’ai adoré cette balade. Une écriture qui a du rythme, du nerf ( et non du nerd hein, moi pas de cette génération), de l’humour ( bravo l’allusion à octobre rose) et une chute pleine de tendresse! Bravo pour cette agilité entre les mots, les concepts, les modes. Vraiment très bon moment!

    Aimé par 2 personnes

  3. Erri lire et ne pas errer… Si je comprends bien, après les « Petites pommes » d’un certain Carnets, les pommettes… Tous les atours et atouts dans la balance…
    Il est intéressant de lire un point de vue de femme sur les hommes, généralement c’est plutôt l’inverse ! Mais le style, c’est elle, ici.
    On se prend alors à se regarder dans la glace… bises en miroir ! 🙂

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  4. Bon jour Lys,
    Loin d’être un texte lisse, les reliefs de la beauté sont révélés (trois é comme un été dans un seul mot, c’est pas beau ça ? ) 🙂 Bref, l’essence de l’essentiel est que toute beauté à son pied et qu’il ne reste qu’à la chausser sans se marrer (à ne pas confondre avec la maréchaussée) …
    Bonne soirée, diantre 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

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